dimanche 13 mars 2016

Crachez, allongés!

Encore un glaviot sur la carcasse roide et refroidie du père Ferdine, comme si l'incandescence du vieux héron couvait encore, prête à ressurgir tels ces feux follets jamais bien loin aux heures les plus sombres...
Les zélus Lapons qui ont beaucoup souffert, ne manquent pourtant pas d'os à ronger ni d'untermensch à fouetter... mais de même que le troufion reste le morceau de choix chez l'amateur de gallinacé, Le Céline reste (avec l'abominable moustachu...quand même)  le père fouettard par excellence, la balise aux extrêmes limites de l'inconscient le plus enfoui du bien pensant qui n'ose même plus y jeter un globe sinon pour déclamer, le foulard sur le cœur: Crachez moi ce pamphlet que je ne serais boire.
Pourtant Bagatelles (1937) est tout sauf un délire ou une grotesque oeuvre de commande grassement payée par une main invisible ( inversion accusatoire s'il en est, grande spécialité lapone). Rappelons que ce texte, cet exercice (ainsi que le nommait l’écrivain à l’époque) est en fait inspiré de la pièce "l'Eglise" que Céline a retiré du Voyage afin d’être goncourisable, conscient qu'il était du couperet bien-pensant déjà bien installé à l’époque dans les "hautes" sphères, l'affaire Dreyfus étant passée par là...
Voici quelques extraits légèrement maquillés afin de ne point m'attirer les foudres du lobby ultra-boréal... Les esthètes apprécieront la verve, la drôlerie du texte, quant aux curieux, ils pourront à la fois corroborer la véracité des dires (Russie et Hollywood, notamment) et ressentir l’inquiétant vertige de l’actualité des propos. Pour ma part, je ne regrette qu'une chose: Que Céline n'ait pas clairement séparé l’élite du petit peuple lapon... les hyènes, des moutons.

"Moi j'ai jamais voté de ma vie !... Ma carte elle doit y être encore à la Mairie du "deuxième"... J'ai toujours su et compris que les cons sont la majorité, que c'est donc bien forcé qu'ils gagnent !"

"La seule chose grave à l'heure actuelle, pour un grand homme, savant écrivain, cinéaste, financier, industriel, politicien (mais alors la chose gravissime) c'est de se mettre mal avec les Lapons. – Les Lapons sont nos maîtres – ici là-bas, en Russie, en Angleterre, en Amérique, partout !... Faites le clown, l'insurgé, l'intrépide, l'anti- bourgeois, l'enragé redresseur de torts... le Lapon s'en fout ! Divertissements... Babillages ! Mais ne touchez pas à la question laponne, ou bien il va vous en cuire... Raide comme une balle, on vous fera calancher d'une manière ou d'une autre... Le lapon est le roi de l'or de la Banque et de la Justice... Par homme de paille ou carrément. II possède tout... Presse... Théâtre... Radio... Chambre... Sénat... Police... ici ou là-bas... Les grands découvreurs de la tyrannie bolchévique poussent mille cris d'orfraies... ça s'entend. Ils se frappent au sang la poitrine, et cependant jamais, jamais ne décèlent la pullulation des yites, ne remontent au complot mondial... Etrange cécité... (de même potassant Hollywood, ses secrets, ses intentions, ses maîtres, son cosmique battage, son fantastique bazar d'international ahurissement, Hériat ne décèle nulle part l'uvre essentielle, capitale de l'Impérialisme lapon). Staline n'est pourtant qu'un bourreau, d'énorme envergure certes, tout dégoulinant de tripes conjurées, un barbe-bleue pour maréchaux, un épouvantail formidable, indispensable au folklore russe... Mais après tout rien qu'un idiot bourreau, un dionosaure humain pour masses russes qui ne rampent qu'à ce prix. Mais Staline n'est qu'un exécutant des basses-œuvres, très docile, comme Roosevelt, ou Lebrun, exactement, en cruauté."

"Ce qui caractérise en effet le " progrès " des sociétés dans le cours des siècles, c'est la montée du Lapon au pouvoir, à tous les pouvoirs... Toutes les révolutions lui font une place de plus en plus importante... Le Lapon était moins que rien au temps de Néron, il est en passe de devenir tout..."

"Le pouvoir ne peut demeurer aux Lapons, qu'à la condition que tous les intellectuels du parti soient ou pour le moins furieusement enlaponifiés... mariés à des laponnes, mâtinés, demi, quart de lapons... (ceux-ci toujours plus enragés que les autres...). Pour la forme, quelques figurants aryens bien larbinisés sont tolérés pour la parade étrangère... (genre Tolstoi) tenus en soumission parfaite par la faveur et la pétoche. Tous les intellectuels non lapons, c'est-à-dire ceux qui pourraient n'être pas communistes, lapons et communistes sont pour moi synonymes, ont tous été traqués à mort... Ils vont voir au Baikal, à Sakhaline si les fraises sont mûres..."

"On peut raconter tout ce qu'on veut à condition qu'on ne parle pas des Lapons... Flétrir le système communiste... maudire ! tonitruer... Les Lapons s'en foutent fantastiquement ! Leur conviction elle est faite ! et foutrement faite ! La Russie toute cauchemardement dégueulasse qu'on puisse la trouver, c'est quand même une mise en train et très importante pour la révolution mondiale, le prélude du grand soir tout lapon ! du grand triomphe de la Laponie... C'est un peu plus compliqué quand on vend la mèche, la mèche laponne. Enfin, c'est un peu plus coûteux... Voilà tout..." 

"Comment se fabriquent, je vous demande, les idoles dont se peuplent tous les rêves des générations d'aujourd'hui ? Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle, peuvent-ils se muer en dieux ?... déesses ?... recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en deux mille ans ?... Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l'or et devant la merde !... Elle a le goût du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n'eut jamais dans toutes les pires antiquités... Du coup, on la gave, elle en crève... Et plus nulle, plus insignifiante est l'idole choisie au départ, plus elle a de chances de triompher dans le cœur des foules... mieux la publicité s'accroche à sa nullité, pénètre, entraîne toute l'idolâtrie... Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture." 

"Guichets où se raccrochent, à geindre, ces sucrés de paumés d'Aryens ! le guichet des Lamentations ! L'armée des croupions surtendus ! La ruée vers l'or des emprunts mous ! Pleurer nourrit ! Pleurer fait fondre ! PIeurer c'est le triomphe des Lapons ! Réussit admirablement ! Le monde à nous par les larmes ! Vingt millions de martyrs bien entraînés c'est une force ! "

"Où il n'a pas son pareil, c'est pour éberluer l'Aryen, lui faire avaler les grenouilles, le faire rebondir comme il veut de galère en abattoir, aucune résistance sérieuse, l'occidental primate, buté, ivrogne, jobard et cocu. C'est un esclave né pour Lapons, tout cuit, ahuri dès l'école primaire par des phrases et puis par l'alcool, plus tard on l'émascule par l'instruction obligatoire... Pour être sûr qu'il s'en relèvera pas, qu'il aura plus jamais de musique, qu'il ne chantera plus jamais son petit air personnel non-lapon, on lui crève l'âme, comme on crève les yeux aux pigeons, pour qu'ils ne se tirent plus. On l'achève par la vinasse." 

"Question de "littérature" je ne me donne donc pas pour modèle, nenni ! On m'a énormément copié, certes, sans rien dire ! Rien divulguer, c'était fatal... Ici et là, un peu partout et dans bien d'autres pays... Ceux qui me copient m'abominent forcément, m'éreintent dès qu'ils peuvent, plus que tous les autres à la fois. Je suis le papa de bien des petits enfants, à maigres couillettes, qui font à mes frais les petites farauds, les petits inspirés, les petits fiévreux prophètes, d'une petite "sauterie" dans une autre à droite, au centre et surtout à gauche. Je ne veux pas les déranger, je suis discret par nature, les papas savent bien qu'il faut s'effacer, que c'est le plaisir des enfants de faire leurs petits crâneurs... Je veux pas les déranger, m'amener en trouble-fête... J'ai même pour eux, je l'avoue, une petite tendresse bien compréhensible... Je voudrais pouvoir leur passer un petit peu de glycérophosphate, qu'ils se renforcent un peu les os... une armature plus solide... En général, ils sont mous, ils puent le lycée, le babillage, la branlette, le cœur leur manque. Ils me font de la peine à regarder... Pour un peu je les renierais. C'est malheureux, en fait, en somme, qu'ils aient pas plutôt continué à écrire poli "goncourtien"
Ils ne parlent que de créations comme les femmes frigides ne parlent entre elles que de sexe..."

Et un petit dernier pour mes chers parisiens:

"Les humains se traînent dans Paris. Ils ne vivent plus, c'est pas vrai !...C'est horrible à regarder... Ils semblent toujours un peu se débattre dans un suicide...Extirper les masses asphyxiques de leurs réduits, de leur asphalte, les "damnés de la gueule vinasseuse", les arracher du bistrot, les remettre un peu dans les prairies avec leurs écoles et leurs vaches, pour qu'ils réfléchissent un peu mieux, voir s'ils seraient un peu moins cons, les femmes un peu moins hystériques, une fois moins empoisonnés..."

La Bête Immonde
Et surgissant de son ventre encore fécond...



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