mardi 14 janvier 2020

2019, Contrition réchauffiste en milieu tièdeux

Préambule: Étant un gars de terrain en première ligne sur le front du sacro-saint RC, on me pose souvent la question du changement climatique avec, je le vois bien, l'envie de m'entendre battre le tambour de la "Causa Planetaria". 

Évidement, c'est bien mal me connaître. Je me méfie tout autant de l'engouement de la jeunesse leucoderme et des médiats  pour ce sujet que de l'injonction "morale" qui sous tend le non-débat sur la question. Ainsi je répondrai avec distanciation sur ce sujet: Oui, les derniers millésimes ont été particulièrement chaotiques; Non, je n'en déduis pas que l'être humain (comprendre le méchant occi-dental) est vraiment une saloperie à exterminer au plus vite à grand renfort de commandos vegans armés de glaives en tige de rhubarbe.

L'ANNÉE en BREF: Ceci étant posé, force est de constater que 2019 aura était encore une fois un millésime extrême,différent de 2018 mais au moins aussi intense. Deux vagues de gel, deux épisodes à plus de 40°, un déficit d'eau estival important et pourtant la vigne s'est très bien adaptée face à cette adversité. De nombreuses grappes sont ressorties, juteuses comme rarement malgré la sécheresse.
Bien sur, toutes les cuvées ne répondent pas présentes...encore une année sans chardo sec, le seul cépage n'ayant pas refait de grappes après le gel et point de Calmos, parti dans la Grolle. Mais pour le reste, il se prépare de sacrés pinards de garde ainsi que son exact opposé, la cuvée "légère" que je voulais faire depuis longtemps et qui manquait dans ma gamme à l'instar de l'oxydatif maison...mais, ça, c'est une autre histoire...
LES CONDITIONS CLIMATIQUES: Deux épisodes de gel à un mois d'intervalle, début Avril puis rebelote . Normalement la première salve n'aurait pas due avoir autant de répercussion car en principe nombre de bourgeons sont encore en dormance en cette saison...Las, une fin d'hiver particulièrement douce avec des journées à 20° fin Février ayant réveillé les vignes hâtivement, ce fut un véritable carnage. Seuls les cabernet sauvignon encore en sommeil et quelques zones gélives non taillées se sont sorties de ce premier traquenard. Qui aurait cru qu'autant de nouvelles grappes ressortiraient...est-ce que la vigne "s'habitue" à refaire des petits après ces gels à répétitions?
La seconde salve, extrêmement tardive, n'aura touché que les zones traditionnellement sensibles au gel; Lys et Pin Perdu.
Quoi qu'il en soit je vais dès cet hiver élargir la pratique de pré-taille déjà expérimentée en 2019 des fois que la série continuerait...
ÉQUILIBRES: Il semble bien qu'on ait là notre triplette succédant à celle des 2009,10,11 et quant à jouer aux comparaisons je dirai que si 2018 ressemble à 2011 parce que le plus solaire des trois et 2017 à 2010 pour sa fraîcheur, 2019 se rapproche plus de 2009 pour la combinaison des deux facteurs. En effet, bien que très haut en alcool le petit dernier a une acidité nettement plus marquée que son aîné, ce qui devrait le mener bien loin...

                                                                        LES BLANCS

Les GAINS de MALIGNE: Puissance et tension en gestation, ça va saigner...s'il veut bien finir ses sucres! 14°5 et 11Hhl/ha.
Le PARADIS TERRESTRE: Bien plus d'acidité que l'an passé, sans doute le double effet millésime/changement de travail du sol. Le 2018 se présente bien mais n'est toujours pas en bouteilles, empêchés par 5g de sucres.
MAGIE BLANCHE: Comme l'an dernier, un assemblage de chenin/grolleau en presse directe avec une proportion de 70/30 cette fois-ci.
MACÉRATION: 80% de gros chenins mouscoularés beaulieusards affinés par le peu de chardo franc de pied ayant produit cette année. 15°2 avec un rendement assez bancal entre les 30hl/ha de Beaulieu et le quasi-rien du chardo.
                                                                       LES ROUGES

SUL' FRUIT: Depuis le temps que je voulais faire un vin du "midi", un truc qui rince, enfin me voila en mesure de tenter le coup. L'idéal serait d'arriver à un style proche des cuvées légères du sourcilleux en chef mais comme l'idée d'une carbonique même semi, me chagrine un peu, j'ai plutôt opté pour un essai "sandwich"...Le gamay en grappes entières jouant le rôle de la rillette et le grolleau les tranches de pains: celle du bas, ou si vous préférez au fond de la cuve en jus de rosé et celle du haut en vendange pigée classique maison. 20hl/ha et 13°.
Le PONGE: Peut-être le meilleur des Ponge, haut en degrés mais avec une poigne ferme.14.8°,12hl/ha.
GROLLE NOIRE: Encore une Grolle de belle facture (elle devrait prendre 50cts tout comme le Ponge, merci les réformes macron-hyènes!) même si je pense que le 2018 ira toutefois un peu plus loin. On est ici au niveau du 2017 ce qui ma foi, devrait ravir bien des amateurs de jus de grolle!13.3° et un miraculeux 21hl/ha alors que tout avait cramé.
PACHAMAMA: Une pacha' assez axée sur le cabernet sauvignon bien que moins marquée par ce dernier que le 2017. Sans doute un 2016 en plus solaire et plus ferme.
Le BOIS du GLAND: Là encore un gros millésime (14.4° de moyenne)... pourrait même y'avoir moyen de sortir une "crème de tête"...Avouez que ça aurait de l'allure! Un 80/20 Sauvignon/Franc. 14hl/ha.
Le PIN PERDU: Assez dans l'esprit du 2017. le gel tardif de début Mai n'ayant pas permis de taquiner la maturité ultime. Il n'empêche qu'on a là un bien beau cabernet sauvignon à 14° et ce, vinifié de deux façons; l'un en pigeage classique de 10 jours et l'autre en longue cuvaison de 6 mois, ce qui promet des comparatifs forts passionnants. Un beau 20hl/ha.
VIGNES CENTENAIRES: Difficile de s'exprimer sur cette cuvée encore très fermentaire au moment de mon départ au pays des momijis mais les 14°5 au compteur laisse augurer du sérieux dans le godet. 10hl/ha.
Comme toujours, quelques clichés du millésime:

Plein soleil en fin d'hiver...trop beau trop tôt...


O miracle, les grappes ressortent en nombre! Ici dans le grolleau


Tapie dans l'ombre, le retour de la bête acide...


Le Ponge infusé aux pieds de japonaises, désormais une tradition...